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Articles - 2026 A

Multilatéralisme ou chaos : un choix de civilisation face aux dérives du repli national.                                                                                                    Sénateur Prof Faustin Luanga

Le monde est à la croisée des chemins. Tandis que les défis planétaires s’intensifient — conflits armés, dérèglement climatique, migrations forcées, pauvreté endémique, désinformation — certains dirigeants s’enferment dans le repli, la force et le mépris des institutions internationales. Ce choix n’est pas seulement politique : il est civilisationnel. Il interroge notre rapport à l’autre, notre conception du pouvoir, et notre capacité à construire un avenir commun.

Les propos tenus par le Président des États-Unis, Mr Trump, à la tribune de l’ONU, rejetant le multilatéralisme et remettant en cause le rôle des Nations Unies, sont alarmants. Ils sapent les fondements de la coopération mondiale et menacent l’équilibre fragile de notre planète. Plus grave encore, la proclamation selon laquelle la guerre à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) serait terminée relève d’un déni de réalité. Le sang continue de couler à Beni, à Ituri, à Rutshuru, à Goma, à Ubira, à Minembwe… Les cris des enfants déplacés, les larmes des mères endeuillées ou voilées, les silences des villages abandonnés ne peuvent être ignorés.

En tant que parlementaire de la RDC, je réaffirme mon attachement à la Charte des Nations Unies, à la diplomatie, et à la solidarité entre les peuples. Le multilatéralisme est l’expression d’une éthique universelle : celle qui reconnaît la dignité de chaque être humain, indépendamment de sa nationalité, de sa puissance ou de sa richesse. Le monde a besoin de ponts, non de murs ; de vision partagée, non de domination. Comme l’a souligné Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo lors de la 80e session de l’Assemblée générale, la République Démocratique du Congo — et en particulier sa partie Est, le Grand Kivu — aspire à une paix durable fondée sur la justice, la concertation et l’intégration régionale. Cette aspiration est universelle. Elle mérite d’être entendue, respectée et soutenue. Elle est le miroir des souffrances et des espoirs de tant de peuples oubliés.

Le multilatéralisme n’est pas une option : c’est une nécessité vitale. Il est le seul antidote au chaos, à l’arbitraire et à l’indifférence. Il est aussi le seul cadre capable de réguler les interdépendances du XXIe siècle — qu’il s’agisse de climat, de santé, de sécurité ou de technologie. Refuser cette voie, c’est choisir l’isolement, l’instabilité et, inévitablement, la violence.

Nous devons refonder le multilatéralisme sur des bases plus justes, plus inclusives, plus représentatives. Il ne peut être l’apanage des puissants, ni le théâtre des hypocrisies. Il doit redevenir un espace de vérité, de responsabilité et de courage. C’est à cette condition que nous pourrons faire face aux périls de notre temps et préserver l’héritage moral de l’humanité.

Car au fond, il ne s’agit pas seulement de géopolitique. Il s’agit de civilisation. De notre capacité à choisir la coopération plutôt que la confrontation, la justice plutôt que l’impunité, la mémoire plutôt que l’amnésie. Il s’agit de notre humanité.

RDC:   L’État, matrice invisible de nos destins                                                                                                         

                                                                                                                                Sénateur Prof Faustin Luanga

Il existe, au cœur de chaque nation, une architecture invisible qui façonne les vies, oriente les trajectoires, détermine les possibles.

Cette architecture, c’est l’État.

On ne le voit pas toujours, mais on le ressent partout :

                              dans la sécurité d’un enfant qui traverse la rue,

                              dans la justice rendue ou refusée,

                              dans la route qui relie deux villages,

                              dans les soins sanitaires administrés,

                              dans l’école qui ouvre ou ferme l’avenir,

                              dans la manière dont un citoyen est accueilli au guichet d’une administration.

Un État n’est jamais neutre.

Il est le reflet de ce que nous acceptons, de ce que nous tolérons, de ce que nous espérons.

Il est le miroir de nos valeurs, de nos contradictions, de nos ambitions.

Max Weber rappelait que l’État moderne repose sur le « monopole de la violence légitime » (Weber, 1919). Mais ce monopole n’a de sens que s’il est exercé pour protéger, non pour opprimer ; pour servir, non pour prélever ; pour organiser, non pour parasiter.

                                                                                             Lorsque l’État chancelle, la société se fissure.

                                                                                             Lorsque l’État se corrompt, la société se décompose.

                                                                                             Lorsque l’État protège, la société respire.

                                                                                             Lorsque l’État est juste, la société s’élève.

                                                                                             Lorsque l’État est efficace, la société se met en mouvement.

Le Congo, lui, porte encore les stigmates d’un État inachevé.

Un État né dans la violence coloniale, bousculé par les crises post‑indépendance, affaibli par les guerres, miné par la prédation.

Un État que beaucoup de citoyens perçoivent non comme un refuge, mais comme une menace ; non comme un bien commun, mais comme un guichet ; non comme une institution, mais comme une rente.

Repenser l’État congolais, c’est donc bien plus qu’une réforme administrative.

C’est une révolution morale, une renaissance collective, une réécriture de notre manière d’habiter ensemble la terre du Congo.

« L’État que nous voulons : Protecteur, Juste, Stratège, efficace » doit être pensé et construit. C’est tout un chapitre dans mon livre.

Sénateur Prof Faustin Luanga

(Extrait de mon livre (à paraître) : “Penser librement, Exister pleinement - Appel à la conscience congolaise “). @Droits d’auteur protégés.

RDC : De la pensée individuelle à la conscience collective

                                                                                      Sénateur Prof Faustin Luanga

Penser librement n’est jamais un exercice

solitaire. La pensée authentique, lorsqu’elle est fidèle à sa vocation, déborde nécessairement l’individu pour rejoindre la cité. Ce qui commence comme un éveil intérieur devient, tôt ou tard, une exigence collective. La conscience nationale ne naît pas de slogans, mais de la maturation lente des esprits, de leur capacité à nommer le réel sans peur ni complaisance.

À ce stade, il ne suffit plus de comprendre : il faut mesurer les conséquences de cette compréhension dans un monde traversé par des rapports de force, des intérêts contradictoires et des urgences historiques. Car une nation ne pense jamais hors du monde. Elle y est plongée, exposée, parfois broyée.

La réflexion doit donc changer d’échelle : quitter l’intime pour embrasser le global, interroger la place du Congo dans le tumulte international afin de mieux comprendre les contraintes qui pèsent sur son destin.

Sénateur Prof Faustin Luanga

(Extrait de mon livre (à paraître) : “Penser librement, Exister pleinement - Appel à la conscience congolaise “). @Droits d’auteur protégés

RDC - L’EFFONDREMENT MORAL :
           QUAND LA SOCIÉTÉ PERD SES REPÈRES

                                                                                                               Sénateur Prof Faustin Luanga

Une nation ne tient pas seulement par ses lois, ses institutions ou son économie. Elle tient d’abord par une morale collective : la vérité, la justice, la responsabilité, l’exemplarité. Lorsque ces repères s’effondrent, tout le reste vacille. Les lois deviennent des textes, l’État devient une façade, l’économie devient une prédation, la politique devient un théâtre.

Le Congo traverse depuis plusieurs décennies un effondrement moral profond. Cet effondrement n’est pas seulement le résultat de la pauvreté ou de la guerre. Il est le produit d’une longue érosion des valeurs, d’une banalisation du mensonge, d’une normalisation de l’injustice, d’une confusion entre réussite et prédation.

Cet effondrement a des racines historiques.

La colonisation a imposé la morale de la force : la loi comme contrainte, l’autorité comme domination, la ruse comme intelligence.

L’après‑indépendance a installé la morale de la survie : contourner la règle, se débrouiller, se protéger par les réseaux.

La période contemporaine a consacré la morale de l’impunité : la corruption récompensée, l’intégrité punie, la justice instrumentalisée. 

Aujourd’hui, l’effondrement moral se voit partout. Dans l’État, où l’exemplarité a démissionné. Dans l’économie, où la réussite se confond trop souvent avec la prédation. Dans la société, où le mensonge devient un outil de survie.

Dans la jeunesse, privée de modèles, exposée à la réussite facile, rapide, ostentatoire. Les conséquences sont graves : perte de confiance, fragmentation sociale, fuite des talents, violence diffuse, désagrégation du bien commun. Une société qui ne partage plus de repères communs cesse d’être une nation.

Et pourtant, rien n’est irréversible. La reconstruction morale est possible. Elle est même indispensable. Sans elle, aucune réforme économique ou institutionnelle ne tiendra. Avec elle, tout devient possible. Reconstruire la morale collective,

c’est :

restaurer la vérité comme principe public ; réhabiliter la justice comme pilier de la dignité ; revaloriser le travail comme voie de réussite ; redonner à l’État une éthique de service ; offrir à la jeunesse des modèles d’intégrité. La reconstruction morale n’est pas un supplément d’âme. Elle est la condition de la refondation nationale. Elle est le socle sur lequel nous pourrons rebâtir un État crédible, une économie productive, une société cohésive, une jeunesse confiante. L’effondrement moral n’est pas une condamnation.

C’est un appel. Un appel à retrouver le sens du bien commun. Un appel à réhabiliter la dignité. Un appel à redevenir une nation debout. Le Congo se relèvera le jour où nous déciderons collectivement que la vérité vaut mieux que le mensonge, que la justice vaut mieux que l’impunité, que la responsabilité vaut mieux que la ruse. Le jour où nous comprendrons que la refondation d’un pays commence toujours par un sursaut moral.

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